Billet d'humeur
///////// Le nerf de la guerre (Je, Je et encore Moi)
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13-05-2008
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Avez-vous remarqué la guerre qui se tient, tous les jours, quand vous prenez le métro pour aller travailler le matin, rentrer chez vous le soir, ou encore pour sortir retrouver vos amis, votre moitié (ou qui vous voulez, après tout !) ? C’est un conflit silencieux, qui ne fait pas couler de sang, se construit de codes implicites, et se nourrit d’assassines velléités de constructions identitaires (oui oui, l’ère post-moderne où l’individu est central, vous allez le lire souvent dans mes posts, autant vous prévenir). Je vois. Vous croyez que je débloque ? Ok. Démonstration.

Mardi soir, retour du boulot. Il est tard, je veux faire un break mental le temps du trajet : comme des centaines de milliers de Français, des millions de Terriens, je sors mon mp3 (un Ipod, détail qui a de l’importance dans mon histoire, vous verrez), et entre dans le métro au son d’Electric Feel, ma bouffée d’air électro du moment, signée MGMT. Je m’assois au milieu des places à quatre. Une femme face à moi, une autre à mes côtés. Observation. Constat : nous sommes de la même tribu ; c’est ce que me signalent leurs écouteurs blancs, dont le fil, juste sous l’oreillette, est muni d’une fine bande grise. Au bout du fil, depuis son sac, l’une sort un Nano version old school (vous savez, le tout premier, en forme de rectangle à l’époque où la fièvre du métallisé et des cubes n’avaient pas encore gagné les designers de la Pomme), l’autre le tout nouveau, le tout mini Nano (le cube donc). Je baisse les yeux vers mon appareil : il a beau ne pas être le plus vieux des trois, parce que c’est un 80G mon Ipod est plus grand, plus large, bref : face aux deux chantres de la nanotechnologie qui me font face, il a l’air d’une vieille peau, graisseuse et flasque, face à une jeunette svelte et pimpante. Là, vous saisissez : premier round de la guerre que j’évoquais ; celle-ci est intestine : elle oppose les possesseurs d’IPod qui se défient, s’affrontent par le biais de mp3 interposés. A leurs regards, je comprends que mes deux adversaires me reprochent d’être « out », je leur réponds que je suis puriste (qui est la plus mélomane des trois ? Celle qui peut compiler 10 000 morceaux, où celles qui minaudent avec des playlists aussi maigres que leurs engins ? ). Elles restent sourdes à mon attaque : miss Nano Old School me nargue, se remaquillant les lèvres dans le miroir que lui tend l’acier du dos de son IPod.

Un nouveau soldat entre dans la bataille, un homme cette fois. Des écouteurs lui tombent des oreilles –noirs : il n’est pas de notre camp. Mp3 ? Téléphone Portable ? Ennemi impossible à identifier. Puis, alors qu’il semble sentir le regard ennemi le toiser, il se dévoile enfin. La troupe des écouteurs blancs se fige. Horrifiée peut-être –c’est au-delà de ce que nous imaginions. Étonnée pour sûr : l’arme musicale à très forte valeur identitaire du combattant, c’est un Discman. Et exhibé comme une provocation, un pied de nez à notre technologie. Déstabilisée, je lève un drapeau blanc intérieur : j’ai besoin de réfléchir.

C’est la guerre. L’antienne « dis moi ce que tu consommes je te dirai qui tu es» me revient en tête : quelle identité ce type au Discman tente de négocier ? Et moi, qu’est-ce que je cherche à dire de moi, qu’est-ce que je dis des Autres à travers ce que je porte sur moi ? Argh.

Vous l’aurez compris : la construction identitaire qui s’exprime dans notre consommation reste d’actualité (une actualité guerrière vous dis-je). Le marketing a encore de grandes heures devant lui. 

Commentaires
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zaza   |2008-05-14 17:39:00
mais c'est qui ces jeunes qui découvrent la lune ??? : bien sûr que la
consommation est une guerre....commercial e, bien sûr que ça marche parce que ça
joue sur l'identitaire.... c'est pas une découverte ! ça a toujours fonctionné
comme ça depuis que l'homme est l'homme : ce que je porte (ipod ou bijoux
"primitifs" dit qui je suis... même le "no logo" dit qui je
suis dans la société de consommation. le tout est d'en être conscient,
d'accepter ou non de jouer le jeu, et de ne pas seulement subir (si t'as pas la
marque machin, t'es qu'un blaireau !)
PS : moi je lis le journal dans le métro,
mais c'est la même chose, une façon de s'abstraire de la "communauté"
(subie) des voyageurs !
Alex'  - :-(   |2008-05-14 05:43:09
Je trouve surtout ça assez triste, ces gens qui enfilent leurs écouteurs et
rentrent dans leur bulle dans le métro... voire en dehors (on voit de plus en
plus de types déambuler avec leurs écouteurs dans les oreilles).
C'est un peu
comme si chacun s'enfermait dans son monde.
Heureusement qu'il y en a encore
pour éviter de faire ça, sinon je n'aurais jamais eu ces conversations avec des
types bourrés sur la ligne 4 qui, alors que je rentrais de soirée, m'ont pris
pour un Anglais. Et autres moments d'échanges informels typiques de la vie dans
les grandes villes.

J'ai beau être un fana de musique, c'est ce qui a fini par
me faire lâcher mon petit Sony (au son sensiblement meilleure qu'un Apple, au
passage, na ^^ !).
J'avais comme l'impression de me retrouver coupé du monde
environnant avec mes écouteurs dans les oreilles.
Alors que pourtant, je suis un
tantinet geek, et qu'il m'arrive parfois de rester chez moi sans sortir.
Mais là
je sais pas : sans être agoraphile, j'ai comme l'impression d'être dans du
coton.
Je ne ressens plus qu'à moitié le monde qui m'entoure, je ne l'entends
plus - et je me rends compte que ça affecte un peu aussi mes autres sens (car
ils sont tous plus ou moins liés - si si, je vous jure, c'est pas moi qui le
dit).

Bref, j'ai besoin du bruit et de la fureur de cette ville pour me sentir
vivant.
Autrement, j'ai l'impression de vivre dans un monde aseptisé.

Donc pour
ma part, j'attendrai de rentrer chez moi pour écouter Oracular Spectacular (dont
Kids à ma préférence), ou le dernier M83 (ahhh, We Own The Sky, quel put*** de
musique planante).
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