Mardi soir, retour du boulot. Il est tard, je veux faire un break mental le temps du trajet : comme des centaines de milliers de Français, des millions de Terriens, je sors mon mp3 (un Ipod, détail qui a de l’importance dans mon histoire, vous verrez), et entre dans le métro au son d’Electric Feel, ma bouffée d’air électro du moment, signée MGMT. Je m’assois au milieu des places à quatre. Une femme face à moi, une autre à mes côtés. Observation. Constat : nous sommes de la même tribu ; c’est ce que me signalent leurs écouteurs blancs, dont le fil, juste sous l’oreillette, est muni d’une fine bande grise. Au bout du fil, depuis son sac, l’une sort un Nano version old school (vous savez, le tout premier, en forme de rectangle à l’époque où la fièvre du métallisé et des cubes n’avaient pas encore gagné les designers de la Pomme), l’autre le tout nouveau, le tout mini Nano (le cube donc). Je baisse les yeux vers mon appareil : il a beau ne pas être le plus vieux des trois, parce que c’est un 80G mon Ipod est plus grand, plus large, bref : face aux deux chantres de la nanotechnologie qui me font face, il a l’air d’une vieille peau, graisseuse et flasque, face à une jeunette svelte et pimpante. Là, vous saisissez : premier round de la guerre que j’évoquais ; celle-ci est intestine : elle oppose les possesseurs d’IPod qui se défient, s’affrontent par le biais de mp3 interposés. A leurs regards, je comprends que mes deux adversaires me reprochent d’être « out », je leur réponds que je suis puriste (qui est la plus mélomane des trois ? Celle qui peut compiler 10 000 morceaux, où celles qui minaudent avec des playlists aussi maigres que leurs engins ? ). Elles restent sourdes à mon attaque : miss Nano Old School me nargue, se remaquillant les lèvres dans le miroir que lui tend l’acier du dos de son IPod.
Un nouveau soldat entre dans la bataille, un homme cette fois. Des écouteurs lui tombent des oreilles –noirs : il n’est pas de notre camp. Mp3 ? Téléphone Portable ? Ennemi impossible à identifier. Puis, alors qu’il semble sentir le regard ennemi le toiser, il se dévoile enfin. La troupe des écouteurs blancs se fige. Horrifiée peut-être –c’est au-delà de ce que nous imaginions. Étonnée pour sûr : l’arme musicale à très forte valeur identitaire du combattant, c’est un Discman. Et exhibé comme une provocation, un pied de nez à notre technologie. Déstabilisée, je lève un drapeau blanc intérieur : j’ai besoin de réfléchir.
C’est la guerre. L’antienne « dis moi ce que tu consommes je te dirai qui tu es» me revient en tête : quelle identité ce type au Discman tente de négocier ? Et moi, qu’est-ce que je cherche à dire de moi, qu’est-ce que je dis des Autres à travers ce que je porte sur moi ? Argh.
Vous l’aurez compris : la construction identitaire qui s’exprime dans notre consommation reste d’actualité (une actualité guerrière vous dis-je). Le marketing a encore de grandes heures devant lui.
Je ne suis pas certain que le prix so...
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