Billet d'humeur
///////// Du culte, de la tendance, et du bon usage des mots
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10-06-2008
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S’il-vous-plaît mesdames et (quelquefois messieurs) les journalistes de presse féminine, je vous adore mais par pitié, cessez d’estampiller « culte » un produit (parfum en série limitée, le 1er album d’Asia Argento, it-bag vert fluo…) avant même qu’il ne soit disponible. C’est d’une part présomptueux pour ce qui n’est finalement qu’un produit en lancement, et d’autre part dévalorisant pour tout ce qui a pu, ou pourra véritablement accéder au statut que vous dévoyez.

Tic de langage ou sur-valorisation de votre rang de dénicheur de tendance ? Il faudrait raison garder, car le talent que vous avez à dénicher les produits tendances n’engage en rien l’accession desdits produits au statut suprême de « culte »

Je me bornerai à deux trois mots d’étymologie : le mot culte, que vous employez à tout va, exprime tout d’abord le rite religieux, le cérémonial physique d’un hommage à un dieu, un saint, voire à une personne. Voire même à un produit…

Qu’on ne me targue pas de réactionnaire mal peignée : ce n’est pas l’extension du culte à un produit qui me choque ici, on a l’habitude…Le dernier Chanel peut être le sujet (et non l’objet) de prières ardentes, de passion, et aussi de sacrifice, une idole non pas biblique mais consumériste … CQFD : on voit bien que la religion et la consommation ne sont pas si étrangères l’une à l’autre, du moins dans la sémantique qui les entoure. En effet, de la dévotion à l’idolâtrie, et jusqu’au fanatisme (« Chaneeeeeeeeel !!!!! ») il n’y a pas de différence majeure, juste un curseur que l’on pousse toujours un peu plus loin… 

Bref, pour revenir à mon sujet d’agacement, et faire simple : la tendance, par définition éphémère,  n’est pas culte…

Le culte c’est le n°5, pas Mademoiselle, c’est Proust, pas Beigbeder, c’est Noir désir, pas les BB Brunes …

ON NE NAIT PAS CULTE ON LE DEVIENT,  pour reprendre la tournure CULTE d’un écrivain CULTE.

Il faut donc du temps, beaucoup de temps, et des ventes aussi. Et oui, on en revient toujours à cette fameuse logique de consommation, mais c’est bien là le nerf de la guerre. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas Madonna, Hitchcock ou le Nutella, leur succès commercial, leur capacité à générer des fans (dévots), des copies ou contrefaçons, ont été / sont  / seront tels qu’ils sont chacun à leur manière résolument cultes. 

D’autres critères rentrent bien sûr en ligne de compte, la discussion reste ainsi ouverte, mais il faut bien conclure. Alors, ne vous en déplaise, chers journalistes, derniers garants du signifiant-signifié de notre langue, si la tendance est bel est bien l’une de vos prérogatives, c’est la masse, le collectif anonyme et consommateur qui décide de ce qui est culte ou non.

Commentaires
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Marina Rouge   |2008-06-16 18:32:58
Bonsoir Mélanie,
Merci de lire et surtout de commenter notre blog, ça le fait
vivre !!!

Pour reprendre quelques uns des points que tu abordes :
-Nous
sommes justement dans une société qui voue un culte à l'éphémère, une société
2.0 du temps réel, de l'accélération technologique, sans médiation ni recul.
Nous vivons une époque formidable mais dans la mesure où nous n'avons plus le
recul suffisant pour prendre le temps de dire que telle ou telle chose est digne
de culte (pour ne pas prendre le raccourci que tu m'opposes et dire
"culte" )ce tic de language a tendance à m'agacer...
-Quant à la
question du sujet/objet, (des gens vouent un culte à quelqchose ou quelqu'un,
comme la mode, je suis totalement d'accord) il est vrai qu'il y a parfois
confusion, et c'est d'ailleurs là tout le sujet.
Des gens vouent un culte à ...
ce qu'ils veulent après tout! Tout pendant que ça émane d'eux, et pas d'un / une
journaliste qui sanctifie trop rapidement le premier lancement venu.
Pour
résumer mon propos, laissons le mot "culte", qu'il soit complément
d'objet direct, substantif ou adjectif, un peu tranquille. Ne le dévoyons pas
!
Merci encore pour ta réaction et j'espère lire à nouveau tes commentaires!
mélanie   |2008-06-12 14:21:28
qui a dit que le culte ne pouvait pas être éphémère ? 
quand on
reprend l'éthymologie que tu donnes, on voit qu'il s'agit
d'une manière de cultiver une relation avec une divinité,
ou autre.
le caractère culte d'un objet n'est pas en
soi, comme tu le dis on ne nait pas culte, mais je
rajouterais que ce qui fait la spécificité, c'est qu'on est culte
aux yeux de qqn. Un objet n'est culte que quand quelqu'un le considère comme
tel. Par exemple pour toi Noir Désir est culte... et bien
pas pour moi.
Ce que je veux dire c'est que le problème
n'est pas dans la temporalité mais bien dans le type
de relation à l'objet. Et il me semble que la mode est un
sujet auquel beaucoup de personnes vouent un culte. Rien
qu'à voir les pamoiements des modeuses devant une marque ou
d'un produit... si c'est pas une manière d'honorer, de
porter un culte !
En fait je crois que la confusion vient
du fait que culte est utilisé en tant qu'adjectif, or
ce n'est pas un adjectif. Quelqu'un (ou un groupe
de personne) voue un culte... ce n'est pas l'objet qui
est culte.
Alex'   |2008-06-11 11:51:16
Tiens; ça me rappelle une (vieille ?) dissert' de prépa', avec comme sujet
"qu'est-ce qu'un personnage réussi ?".

J'avais fini par dire que la
seule réponse objective - à moins de s'élever en esthète infaillible - c'était
encore le succès de ce dernier auprès du public, que ce soit en terme critique
ou commercial.
Pas sûr que cette réponse froide et pas franchement littéraire
ait plu à mon prof' de lettres.

C'est pas non plus comme si la question était
la plus intelligente qui soit pour un matériau littéraire: si on pouvait
vraiment définir a priori - et avec certitudes - ce qui fait un personnage culte
et un produit culte, alors on pourrait en créer sans problème.
Et jamais aucun
grand écrivain ne connaîtrait de bas dans sa carrière, ni aucune marque ne
lancerait un produit qui la plomberait.

Alors si le succès d'un produit /
perso' ne fait certes pas de lui un personnage réussi à proprement parler (c'est
plutôt la conséquence du fait qu'il soit réussi), on peut cependant arguer que
tout est loin d'être absolument prévisible.
Au mieux, on parle de
"chances".
Y compris pour des pros du marketing et du ROI.

Et tant
mieux d'ailleurs - sinon, ce serait vite chiant de lancer des produits si tout
était déjà joué d'avance.
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